Tout savoir sur les principaux cols de chemises

La leçon de style #6 par Guillaume Renouard

Si le choix de son col de chemise pourrait sembler un détail sans grande importance, il s’agit en réalité d’une composante essentielle de la mise du gentleman, et le négliger pourrait gâcher une tenue autrement réussie. Pour vous aider à vous y retrouver dans la jungle des options qui s’offrent à vous, voici un petit précis rassemblant les cols de chemises les plus courants, et les critères de sélection à avoir en tête en fonction de sa morphologie, de l’occasion et des autres pièces de sa tenue.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, commençons par un conseil d’ordre général. Au cours des deux dernières décennies, les cols de chemises disponibles en prêt-à-porter sont nombreux à avoir été frappés d’une curieuse maladie, les conduisant à rétrécir jusqu’à atteindre des proportions microscopiques frisant le ridicule. Fort heureusement, il semble que le vent soit en train de tourner, et qu’un nombre croissant de marques s’orientent de nouveau vers des cols plus généreux.

Nous ne saurions trop vous conseiller d’éviter ces tout petits cols, qui ont pour triple défaut d’être peu flatteurs au visage, de faire paraître le nœud de cravate trop gros et de laisser un trop grand espace entre les pans de la chemise et ceux de la veste. Sans tomber dans l’excès des cols pelle à tarte des années 1970 qui bâillent au-dessus de la veste, n’ayez donc pas peur de prendre un peu d’envergure. Cela étant dit, entrons dans le vif du sujet.

Le col à pointes ou col classique

Popularisé à la fin du XIXe siècle par les illustres chemisiers de Jermyn Street à Londres, ainsi que par Charvet à Paris, le col classique comporte deux pointes avec un écart assez réduit entre les deux, de sorte que les pans descendent plutôt à la verticale et ne passent donc en général pas sous les revers du costume. Extrêmement versatile, il s’intègre aussi bien à une tenue habillée qu’à une mise plus décontractée, va à tous les types de visages et peut être porté avec ou sans cravate. Bref, une bonne manière de ne pas se tromper.

Petit frère du col classique, le spear collar se caractérise par des pointes plus longues, et par un écart encore plus réduit entre celles-ci. Pour cette raison, on évitera de le porter avec un nœud de cravate trop volumineux. Très populaire durant la première moitié du vingtième siècle, il avait pratiquement disparu des étals du prêt-à-porter depuis. Il effectue cependant ces dernières années un retour en grâce, dû au regain d’intérêt pour l’élégance masculine classique et à la popularité de séries comme Boardwalk Empire et Peaky Blinders, qui ont redonné un coup de fouet à la mode de cette époque. Idéal si vous êtes adepte de ce style, donc. 

Autre variation sur le col à pointe, le tab collar se distingue par une petite bande de tissu attachée par un bouton, qui relie les deux parties du col et permet ainsi de former un joli motif incurvé qui vient épouser le nœud de la cravate. On évitera de le porter sans cette dernière, la bande de tissu et le bouton devenant alors visibles, pour un rendu peu esthétique. Les fans de James Bond ont pu voir Daniel Craig arborer ce type de col dans Skyfall, preuve s’il en était besoin du chic que recèle cette option. Le spear collar et le tab collar sont en outre deux très bons choix pour les personnes au visage rond ou à la mâchoire carrée, puisqu’ils permettent d’allonger un petit peu les traits. Sur un visage long ou ovale, le rendu risque d’être un peu moins heureux.

Le col cut-away

Très populaire chez nos amis d’outre-Manche, mais bizarrement aussi souvent appelé « col italien » chez nous, le col cut-away se caractérise par sa large ouverture, de sorte que la ligne formée par les deux pans est pratiquement tangentielle par rapport au cou. Il est aujourd’hui extrêmement répandu sur le marché de la chemise business, concurrençant le col classique. S’il peut éventuellement s’intégrer dans une tenue décontractée, c’est un col plutôt habillé qui s’intégrera mieux à une tenue formelle.

Dans une variante encore plus ouverte, le col extreme cut-away, les deux pans pointent pratiquement vers l’arrière. L’un des cols fétiches de Ralph Lauren, il est également très populaire chez les Italiens et constitue l’une des pierres angulaires du style napolitain. Doté d’une forte personnalité, c’est un col qui possède un cachet indéniable, mais qui nécessite une certaine maîtrise stylistique et que nous déconseillons à ceux qui ne veulent pas se faire remarquer.

Ces deux cols exigent d’opter pour un nœud de cravate plutôt volumineux, comme le nœud double ou le demi-Windsor, sans quoi le nœud risque de paraître trop petit par rapport à la largeur du col. Quant au nœud Windsor, s’il possède ses inconditionnels, nous vous le déconseillons, son rendu étant selon nous trop volumineux, guindé et symétrique. On pourra également opter pour une cravate en laine ou en cachemire, qui donnera naturellement un nœud avec plus de volume. 

Comme il permet d’élargir les traits du visage, le col cut-away est un choix particulièrement judicieux pour les personnes au visage long ou ovale.

Le col boutonné ou col américain

Bien qu’il soit né sur les gazons de polo britannique, le col boutonné s’est répandu comme une traînée de poudre outre-Atlantique, où il a été popularisé par Brooks Brothers, au point de devenir une composante essentielle du style preppy ou Ivy League. Il s’agit d’un col plutôt décontracté, que l’on évitera pour cette raison de porter dans un contexte formel, avec un costume croisé ou trois-pièces, ou pire, avec un smoking.

À ces quelques exceptions près, il peut s’intégrer à un grand nombre de tenues. En été, avec un chino et des mocassins pour une mise élégante et décontractée, en hiver, avec une cravate en laine, sous un pull en col V et avec un pantalon en velours ou en laine, pour un style preppy très Nouvelle-Angleterre. Ou encore avec une cravate en tricot, un pull sans manches et une veste en tweed… N’hésitez pas à expérimenter !

Le col rond ou club collar

En voilà un que vous n’avez pas pu manquer si vous êtes un inconditionnel de la série Peaky Blinders, puisqu’il s’agit de l’un des cols fétiches de Thomas Shelby. S’il a les faveurs du voyou le plus classe d’Angleterre, on retrace pourtant son origine à la prestigieuse école privée d’Eton, fréquentée par la crème de la haute société britannique. David Cameron, Boris Johnson et les princes Harry et William y ont tous étudié. Autre ambiance, donc. 

À la fin du XIXe siècle, les jeunes élèves d’Eton cherchaient un moyen de se distinguer de ceux des autres écoles et ont pour cela décidé d’arrondir les pointes de leur col. Tout comme le spear collar, le col club a perdu en popularité tout au long du XXe siècle avant d’opérer aujourd’hui un retour en force grâce aux séries le mettant en valeur. Plutôt formel, il permet toutefois de conférer une touche d’originalité à une tenue. Nous le conseillons particulièrement si vous cherchez à sortir du lot, aimez le style des années 1930/1940 ou faites partie d’un gang de voyous à Birmingham.

Le pin collar

Le pin collar

Voici encore un autre col remis au goût du jour par Peaky Blinders (décidément) et la mode du rétro. Le pin collar se distingue par un trou au niveau de chaque pan qui permet d’y glisser une barrette (idéalement en fer ou en or), rapprochant ainsi les deux pans du col et, tout comme le tab collar, épousant harmonieusement le nœud de la cravate et rehaussant légèrement celui-ci pour un effet très esthétique.

En plus de permettre d’ajouter un bel accessoire à sa tenue, il s’agit d’un col qui confère une touche d’élégance aussi discrète que distinguée à la mise du gentleman. Tout comme le col club et le spear collar, il évoque immédiatement la période que l’on désigne comme l’âge d’or de l’élégance masculine (grosso modo, l’entre-deux-guerres et les années 1940), et est donc idéal si vous souhaitez vous habiller selon les codes de l’époque : pantalon ample à taille haute et à pinces, veste à larges épaules et très cintrée à la taille, casquette gavroche, spectator shoes, etc. 

col sans cravate chemise sur mesure été

Les cols à porter sans cravate

Le col officier, et sa variante, le col Mao (qui comporte un espace laissé vide entre les deux pans, là où le col officier forme une boucle complète autour du cou), sont un choix idéal pour les gentlemen qui aiment porter la chemise, mais pas la cravate, et cherchent un type de col à la fois décontracté et qui sort de l’ordinaire.

Ils s’intègrent très bien à une chemise blanche en lin, par exemple, pour une mise élégante qui permet de rester au frais lorsque grimpe le thermomètre. Ils peuvent également se porter avec une veste dépareillée, voire même avec un costume. Comme il s’agit de cols décontractés, on appliquera la même règle que pour le col boutonné, en évitant de les arborer avec un costume trop formel, trois pièces ou croisé. 

Le col Winchester

Le col Winchester se distingue non pas par sa forme, mais par sa couleur : il s’agit en effet d’un col blanc contrasté, le reste de la chemise étant soit d’une autre couleur unie, soit à rayures. Les poignets peuvent être blancs, pour s’accorder avec le col (option qui a notre préférence, mais c’est une pure question de goût), ou de la même couleur que le reste de la chemise.

Très chic, il s’agit de l’un des cols favoris de Nucky Thompson, le héros de Boardwalk Empire, joué par Steve Buscemi. Il s’agit là encore d’un col habillé et typique d’un style rétro, dans la même veine que le spread collar, le pin collar et le col club.

col cassé chemise

Le col cassé 

Voici le plus formel de tous les cols. Immanquablement associé à une chemise blanche avec plastron et poignets mousquetaires, il est originellement conçu pour être porté dans une tenue white tie, la tenue de soirée la plus formelle qu’il soit. Il se caractérise par ses deux pointes qui se cassent et se dressent, imitant les ailes d’un oiseau de papier. Le white tie n’étant aujourd’hui presque plus jamais de rigueur, une telle chemise peut aussi s’intégrer à une tenue black tie (smoking et nœud papillon noir ou bleu nuit), même si la chose fera sans doute grincer des dents chez quelques irréductibles puristes.

À ne choisir que si vous avez une affection particulière pour ce type de col ou si vous participez régulièrement à des événements avec un grand formalisme vestimentaire. Autrement, une chemise blanche à col classique ou cut-away fera tout aussi bien l’affaire. On évitera naturellement de le porter avec quoi que ce soit d’autre qu’un smoking, et en toute autre circonstance que pour une soirée habillée. 

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Guillaume Renouard

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Globe-trotter passionné par l’art sartorial, le jazz et la littérature d’Europe centrale, Guillaume Renouard est journaliste indépendant. Il écrit notamment dans La Tribune, Monsieur Magazine et L’amateur de cigare. Après San Francisco et La Nouvelle-Orléans, il vit désormais à Londres.

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